Culture
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Animacies : une exposition collaborative et pluridisciplinaire

Le centre d’art et de recherche Bétonsalon vous invite du 15 au 19 juin pour une nouvelle exposition originale conçue sous la direction de Julie Ramage, enseignante-chercheuse en création artistique à l’UFR LAC de Paris Diderot. Elle propose d’étudier les stratégies quotidiennes de survie des détenus de Poissy grâce aux méthodes de l’archéologie expérimentale.
 

Ce workshop a été organisé dans le cadre des Ateliers Lettres pour l’oral et l’écrit (ALOÉ) de l’UFR Lettres, Arts, Cinéma et de la Section des Etudiants Empêchés de l’université Paris Diderot. Il a été produit grâce au soutien du Centre d’Études et de Recherches Interdisciplinaires en Lettres Arts Cinéma (CERILAC) de l’université Paris Diderot. L’établissement a également soutenu ce projet en collaborant avec le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation des Yvelines, la maison centrale de Poissy, Bétonsalon – Centre d’art et de recherche, de la Fondation Daniel et Nina Carasso et de la Région Ile-de-France, dans le cadre du dispositif FoRTE. A cette occasion, un programme d’interventions et de recherche a été développé à la maison centrale de Poissy et à l’université Paris Diderot, en partenariat avec l’INRAP – Centre Ile-de-France. Olivier Royer-Perez, archéologue, a encadré les séances de travail entre septembre 2017 et avril 2018.
 

Un projet collaboratif

Ce projet est né de la rencontre de plusieurs initiatives. D’abord, celle de l’université Paris Diderot qui est actuellement la seule université française à disposer d’un service dédié à l’enseignement en milieu carcéral profitant à la Section des Etudiants Empêchés de Poissy depuis leur lieu de détention. Plusieurs professeurs sont volontaires pour ce travail, notamment Julie Ramage, depuis 2014. Mais, cette spécialiste de la création travaille également avec Bétonsalon depuis 2012 pour proposer des ateliers thématiques aux étudiants de troisième année de la licence de Lettres de Paris Diderot. Cela rejoint le projet « Co-workers » qui émerge en 2015, porté par Bétonsalon et le Musée d’Art moderne de Paris : il est synonyme d’œuvre collective. De ces différentes innovations naît l’idée de la rencontre de plusieurs groupes sur un travail commun de création. Le premier thème sera le désastre, le second le rapport à la Terre, des thèmes connexes à la thèse de Julie Ramage. L’idée a ensuite évolué, trouvant de nouveaux supports d’expression, jusqu’à faire partie intégrante de la routine des détenus. Cette année, sont étudiées des notions universelles et essentielles telles que la blessure, la réparation, le soin, l’intégrité du corps en détention, appliquées à des objets. L’exposition souhaite penser, et faire penser, sur des gestes quotidiens de micro-résistance et sur des enjeux de pouvoir et de communication.
 

Des questionnements pluridisciplinaires et universels

L’application des techniques de l’archéologie expérimentale avec des moulages, l’utilisation de la 3D ou de la vidéo, est au centre de la réflexion artistique des participants. Cette discipline permet de réfléchir aux hommes et aux techniques qu’ils ont pu développer. Pour cela, il faut reproduire les gestes étudiés à l’identique. Par exemple, un spécialiste du Moyen-Age qui souhaite étudier la fabrication d’une épée, devra reproduire les conditions et utiliser les matériaux spécifiques de cette époque. Ce regard nouveau sur les pratiques des lieux de détention a un fort potentiel réparateur.

Les étudiants empêchés trouvent donc dans ce projet un fort soulagement, en même temps qu’ils développent une grande curiosité pour son aspect scientifique. Les étudiants des ALOE se sont sentis tout autant touchés et concernés par ces thèmes universels, plus communs qu’on ne pourrait le penser, comme en témoigne Laurent Rey, étudiant des ALOE : « Ce cours était vraiment singulier : le rapport aux autres et la sensibilité artistique étaient des capacités à affiner et à prioriser tout au long du projet. Il m’a paru crucial de ne pas manquer une seule séance et c’était aussi rafraîchissant d'assister à un cours atypique dont l'intérêt principal était systématiquement l'humain. La grande découverte a été dans la collaboration par correspondances avec les détenus de Poissy, des individus dont on ne connaît que les noms et dont on se sent proche tout de même sans vraiment comprendre comment. Nos projets se parlent, s'entrecroisent, entre notre perception de leur condition d’enfermement, en marge de la société, et leur enfermement réel dans lequel nous pouvons parfois nous retrouver. Enfermement, identité, déchet, soin, mémoire, temps … sont les thèmes qui se sont dégagés dès le début du projet et qui l'ont encadré jusqu'à son terme. L’archéologie expérimentale m’a passionné par ses processus de déduction et de remise en contexte et par ses notions plus techniques telles que la stratigraphie (étude de la stratification des roches sédimentaires).»

La notion politique de « déchet » et la théorie de l’épuisement de Friedrich Nietzsche semblent être particulièrement d’actualité : la société qualifierait de déchets les personnes en marge de la société et serait épuisée, à la fin du XIXème siècle, car elle ne les expulse plus. Le déchet est également une notion artistique, illustrée, par exemple, par les moulages de corps cassés dont il faut interroger le devenir. Ces outils de réflexion permettent d’interroger les conditions d’enfermement et de soulever des questionnements plus larges.

 

Cette exposition sera également mêlée à l’exposition-spectacle anniversaire de Bétonsalon « 15 ans ! Ça commence, la lumière change, une belle musique arrive » mettant en scène, jusqu'au 7 juillet, les archives des expositions du centre, grâce à des chorégraphies.