10 ans BGM
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Rencontre avec Christophe Pérales, directeur du SCD

Christophe Pérales dirige le Service commun de la documentation depuis 2015. Retour avec lui sur les grandes évolutions des bibliothèques universitaires.

 

Diderot Infos : Quels ont été les grands changements au SCD ?

Christophe Pérales : La plupart des évolutions que connaissent les bibliothèques universitaires depuis vingt ans  ne sont pas spécifiques à Paris Diderot, mais liées à l'irruption du numérique. C'est tout l'objet de la réorganisation du service, effective en 2017, engagée. Il s'agit de davantage impliquer les personnels dans les évolutions métiers en cours, et d'éviter que ne se crée une " fracture numérique " au sein des équipes. L'accent a dont été mis sur la transversalité entre les agents et les différents sites, pour harmoniser les pratiques et renforcer la coopération. Ce grand changement ne peut s'opérer que si l'on accompagne les agents et que l'on fait évoluer la culture professionnelle en travaillant davantage en mode " projet " par exemple. Le monde des bibliothèques a été l’un des premiers services des universités à être touché par le numérique, et de manière très profonde. Nous bénéficions à la fois d'une expertise et d'un recul en la matière, mais les transformations qui en résultent sont loin d'être achevées.

 

Diderot Infos : La réorganisation s'achève mais d’autres projets sont en cours, quels sont-ils ?

Christophe Pérales :​ Nous avons en effet de nombreux projets. Particulièrement structurant dans l'année à venir, et très ambitieux, il y a celui du nouveau système d'information documentaire. Nous travaillons aujourd'hui sur « Virtua », un logiciel d'ancienne génération qui ne correspond plus à nos besoins. Nous avons décidé de travailler conjointement avec toutes les bibliothèques de la Comue afin de réaliser un achat commun : c'est le projet SGBM (Système de gestion de bibliothèque mutualisé), qui sera lancé à la rentrée 2018.

Les autres axes de développement du SCD tournent tous autour des services aux communautés académiques : celles des étudiants, celles des enseignants et des chercheurs. Nous développons par exemple beaucoup la " formation à l’information " auprès des étudiants. C’est une formation réalisée à la demande des enseignants, elle est systématique dans le secteur santé. Comment chercher l'information, mais surtout l'évaluer, la trier, la synthétiser, la réutiliser à bon escient, en évitant le plagiat ? Ce sont des compétences méthodologiques essentielles dans le cadre de la formation tout au long de la vie. Côté recherche, nous accompagnons la gestion des productions numériques, sous toutes leurs formes. Par exemple, depuis janvier 2018, toutes les thèses produites dans l'établissement sont dématérialisées, conformément au nouvel arrêté régissant les études doctorales. C’est un travail réalisé conjointement avec l'Institut des Etudes doctorales et les chercheurs.

 

" Je suis optimiste pour la suite, nous sommes bien armés. Les agents s'adaptent somme toute relativement vite au numérique, s'ils sont accompagnés. C'est remarquable. "
Christophe Pérales

 

Diderot Infos : La BGM fête ses 10 ans. Quelles sont les spécificités de cet équipement ?

Christophe Pérales :​  La BGM est un équipement hors-norme : 1 400 places, c'est plus de la moitié de la Bibliothèque Nationale de France ou de la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou ! Elle accueille près de 750 000 entrées par an, sur les 1,3 million d’entrées comptabilisées sur l’ensemble de nos 6 sites. C’est par ailleurs une très belle restructuration d’un site industriel parisien emblématique, celui des Grands Moulins de Paris. La qualité du chantier conduit il y a 10 ans est évidente : les espaces ont très bien vieilli, et offrent une flexibilité appréciable, gage de la possibilité d’évolutions futures.

 

Diderot Infos : Comment voyez-vous le monde des bibliothèques d’ici 10 ans ?

Christophe Pérales :​ Les bibliothèques sont des acteurs centraux de la diffusion des savoirs. Elles mettent à disposition et conservent des collections, imprimées, audiovisuelles et aujourd’hui, en université, numériques, surtout. Mais leur rôle va au-delà : Lilliad à l’université de Lille, est une réalisation emblématique de la manière dont doit être revisitée, aujourd’hui, cette mission traditionnelle de diffusion des savoirs. C’est une évolution que l’on constate dans toutes les grandes universités de la LERU par exemple (Ligue of european research universities), avec un périmètre d’intervention des bibliothèques très large, mais très cohérent.

Le numérique ne se substituant absolument pas à l’humain, je pense également que le  lieu bibliothèque a un grand avenir. Nos usagers veulent des espaces pour se retrouver et travailler en collaboration. Les bibliothèques universitaires restent des lieux de concentration, pour le travail individuel ; mais elles sont également de plus en plus, et en même temps, des lieux de partage pour la génération " collaborative ". Il y aura probablement dans les années à venir à adapter les espaces de la BGM, en même temps que le champ d’intervention des bibliothèques s’élargit, et que les usages se diversifient. Le concept de BU n’est pas ringard !

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Service Commun de la Documentation

Le SCD contribue aux activités de formation et de recherche, conduit la politique documentaire de l’Université, développe la production, le signalement et la diffusion documentaire numérique, forme aux techniques nouvelles d’accès à l’Information...
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agents travaillent au sein du SCD. Ils sont plus d'une centaine en ajoutant les moniteurs-étudiants répartis dans les 6 bibliothèques.

Bio express

Après avoir été enseignant en lettres classiques pendant sept ans, Christophe Pérales devient conservateur des bibliothèques en 2001. Il exerce pendant 11 ans au service commun de la documentation de l’université de Versailles Saint-Quentin dont il devient le directeur en 2009. Pendant cette période, il conduit deux projets de construction de bibliothèque universitaire (8 500 et 4 000 m2), inaugurées en 2007 et 2013.

Il rejoint ensuite la BULAC (bibliothèque universitaire des langues et civilisations, spécialisée dans les langues et civilisations des aires culturelles du monde non occidental) dont Paris Diderot est partenaire, en tant que directeur adjoint, poste qu'il occupe pendant deux ans parallèlement à son engagement en tant que président de  l’ADBU (association des directeurs et personnels de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation).

Riche de ces expériences, il prend la tête du service commun de la documentation au sein de Paris Diderot en septembre 2015.

L’université de Paris Diderot, pluridisciplinaire, l’a toujours intéressé, c’était un « coup de cœur ».